par F4JRR Opérateur Fernand
1. La radio comme colonne vertébrale de la gestion de crise
Lorsqu’une catastrophe survient — effondrement d’infrastructures, séisme, inondation, tempête, cyberattaque — les réseaux classiques (fibre, relais mobiles, téléphonie, IP) peuvent être dégradés ou inopérants.
Dans ces situations, seul un réseau radio autonome, reposant sur des moyens indépendants de toute infrastructure, permet d’assurer la continuité opérationnelle entre les équipes de terrain, les Postes de Commandement et les autorités.
Le service amateur joue alors un rôle incontournable : celui de réseau supplétif, rapide à déployer, maîtrisé techniquement et opérationnel sans dépendance extérieure.
C’est dans ce contexte précis que s’inscrit la FNRASEC et son réseau départemental ADRASEC.

2. Cadre international
Convention de Tampere (1998)
Les États signataires (dont la France) s’engagent à réduire ou supprimer les obstacles à l’usage des télécommunications d’urgence en situation de catastrophe :
– licences radio temporaires,
– importation d’équipements,
– circulation des opérateurs humanitaires.
WARC 1979 — Résolution RSBN
Reconnaît officiellement le rôle du service amateur dans la sauvegarde de la vie humaine.
UIT-R Recommandation M.1042 (1993)
Invite les administrations à organiser et structurer des réseaux radioamateurs d’urgence — base doctrinale directe de la FNRASEC.
Règlement des Radiocommunications — Article 25
> Les stations d’amateur peuvent transmettre pour des tiers uniquement en situation d’urgence ou de catastrophe.
3. Organisation française des communications d’urgence
DGSCGC (Ministère de l’Intérieur)
– Pilote la gestion opérationnelle des crises en France.
– Trois dispositifs principaux font intervenir les radioamateurs agréés :
– ORSEC : organisation générale de réponse aux crises, incluant les réseaux supplétifs de transmission.
– SATER : recherche d’aéronef en détresse via détection de balises 121.5 / 406 MHz.
PPI : plans liés aux risques industriels majeurs, nucléaires, NRBC.
Les radioamateurs sont intégrés via leur statut d’Association Agréée de Sécurité Civile (AASC).
4. FNRASEC, ADRASEC et ATRASEC
Origines et reconnaissance
– Créée à la demande du Ministère de l’Intérieur en 1972.
– Convention officielle du 27 juin 2002.
– Décret du 15 octobre 2012 : reconnaissance d’utilité publique.
– Agrément national type A : «établissement et exploitation de réseaux supplétifs de transmission».
Organisation
1 FNRASEC nationale.
– Divisée en zones de défense et de sécurité.
– Chaque département possède son ADRASEC (96 métropole + 5 DOM).
– Les territoires ultramarins disposent d’ATRASEC (Polynésie, Nouvelle-Calédonie, etc.).
– Effectifs : ≈ 1600 bénévoles, dont ~95 % radioamateurs.
5. Missions opérationnelles
5.1 ORSEC : réseaux supplétifs
– Déploiement rapide de réseaux HF, VHF, UHF en étoile ou en maillage.
– Mise en œuvre de relais mobiles, stations transportables, liaisons directives.
– Adaptation à la topographie, forte résilience, indépendance énergétique.
5.2 SATER : radiogoniométrie aéronautique
– Balises 121.500 MHz (AN/URT-33, anciennes ELT).
– Balises COSPAS-SARSAT 406 MHz → alerte initiale par le RCC.
– Goniomètres mobiles, antennes log-périodiques, dopplers ou boucles.
– Quadrillage sectorisé du terrain → localisation précise ou réduction de zone.
5.3 Secours spéléologique
– Appui au Spéléo Secours Français.
– Création de réseaux de surface en environnement difficile (reliefs, cavités).
– Liaisons VHF point-haut | point opé surface.
5.4 PPI et dispositifs spécifiques
– Aide aux transmissions lors d’exercices nucléaires, tempêtes, inondations, séismes.
– Soutien technique aux PC mobiles en cas de surcharge ou défaillance réseau.
6. Moyens techniques
6.1 Bandes réellement utiles
– HF 80 m / 40 m : couverture régionale, NVIS, passage par-dessus les reliefs.
– VHF 144 MHz : secours de proximité, modes directs ou via relais temporaires.
– UHF 430 MHz : réseaux courts, pénétration urbaine, goniométrie.
Limites réglementaires :
– Pas de chiffrement,
– Trafic uniquement lié à la mission de sauvegarde,
– Communications strictement encadrées par l’autorité préfectorale.
6.2 Types de réseaux
HF NVIS : communication inter-départementale sans dépendre de relais.
VHF/UHF maillés : couverture locale ou zonale.
Réseaux point-point : antennes directives, faisceaux radio improvisés.
ATV / SSTV : transmission d’images pour évaluation de terrain.
6.3 Matériels
Stations mobiles 12 V, mât pneumatique, batteries autonomes.
Goniomètre doppler embarqué.
Stations portables pour progression pédestre en zone sinistrée.
7. Étude de cas technique : opération SATER simulée
Contexte radio & incident représenté
📡 Déclencheur : détection d’une balise 406 MHz du système COSPAS-SARSAT

Le cas simulé correspond à l’activation d’une balise de détresse 406 MHz, détectée par les satellites MEOSAR (GPS/Galileo/GLONASS équipés du relais SAR).
Ces balises peuvent appartenir à :
Un avion léger (ELT – Emergency Locator Transmitter)
Un navire (EPIRB – Emergency Position Indicating Radio Beacon)
Un randonneur ou personnel isolé (PLB – Personal Locator Beacon)
Un aéronef ULM ou autogire (ELT portatif)
Un signal 406 MHz est détecté par le segment MEOSAR.
Le RCC (Lyon Mont-Verdun ou Brest) identifie une zone probable de 20 à 40 km².
Architecture opérationnelle et déroulement technique
#1. Réception de l’alerte via préfecture → ADRASEC.
#2. Déploiement :
Une équipe mobile effectue des cercles de goniométrie.
Les vecteurs d’azimut sont tracés.
#3. Croisement des gisements → réduction de la zone.
#4. Équipe pédestre :
Recherche de maximum/minimum de signal.
Levée de doute et localisation précise.
#5. Compte-rendu au CODIS / préfecture.
La précision finale peut être inférieure à 50 mètres dans les cas favorables.
8. Couverture nationale
96 ADRASEC en métropole.
5 ADRASEC dans les DOM (21, 22, 23, 97x).
Plusieurs ATRASEC couvrant les territoires ultramarins (Pacifique, Océan Indien, Caraïbes).
La couverture est quasi-totale, y compris des zones vastes ou isolées (Guyane, Réunion, Polynésie).
9. Conclusion technique
Les organisations radioamateurs de sécurité civile constituent l’un des derniers remparts techniques réellement indépendants de toute infrastructure.
Elles assurent :
la redondance des communications en situation critique,
la capacité de déployer des réseaux autonomes,
un savoir-faire unique en goniométrie, HF NVIS, maillage VHF/UHF,
et une disponibilité immédiate, 24h/24, reposant sur le bénévolat.
Dans un contexte où les réseaux professionnels, IP et mobiles deviennent toujours plus complexes — et donc plus vulnérables — la présence d’un réseau radioamateur structuré, compétent et agréé par l’État demeure stratégiquement indispensable.
Les ADRASEC et la FNRASEC ne sont pas un héritage du passé :
Ce sont des capacités techniques critiques, complémentaires des moyens institutionnels, et qui resteront essentielles tant que le risque zéro n’existera pas.
Compilé et argumenté par F4JRR Opérateur Fernand
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Rédacteur: Jean Pierre NEURDIN – FORSF™ – Image mise en avant: Création FORSF®


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