Un potentiel encore trop peu exploité.
Par F4JRR, opérateur Fernand.
🔹 INTRODUCTION
Depuis plusieurs années, de plus en plus d’étudiants issus de formations scientifiques, électroniques ou télécoms passent avec succès la licence radioamateur HAREC (Harmonised Amateur Radio Examination Certificate).
Ce certificat européen atteste de compétences solides en technique radio, réglementation et propagation des ondes. Pourtant, une observation étonne : une grande partie de ces diplômés ne demandent jamais d’indicatif d’appel, et donc ne deviennent pas des opérateurs actifs.

Pourquoi ce paradoxe ? Et surtout, comment transformer cet acquis académique en passion durable et en activité technique vivante ?
🔹 1. Un diplôme technique avant tout
Pour beaucoup d’étudiants, la HAREC représente :
– Une preuve de compétence technique, valorisable sur un CV ;
– Un complément académique dans une formation d’ingénieur ou de télécommunications ;
– Un exercice de culture scientifique, au même titre qu’une certification en électronique ou en sécurité radio.
Dans ce contexte, l’obtention de la HAREC est perçue comme une finalité plutôt qu’un point de départ.
La pratique radioamateur — avec indicatif, station, trafic et expérimentation — reste souvent hors du champ pédagogique.
🔹 2. Des obstacles concrets à la pratique
Même motivés, les jeunes diplômés se heurtent à plusieurs freins :
– Environnement inadapté : vie en cité universitaire, logement collectif ou absence d’espace pour une antenne.
– Manque de matériel : coût d’un émetteur-récepteur, d’un analyseur ou d’un simple VNA.
– Procédures administratives : demande d’indicatif jugée complexe ou inutile.
– Isolement : absence de club ou de communauté radio identifiable dans leur établissement.
Résultat : le certificat reste dans un tiroir, et le potentiel technique acquis pendant la préparation à la HAREC se perd progressivement.
🔹 3. Un usage professionnel sans lien avec la communauté
Certaines écoles d’ingénieurs ou institutions publiques utilisent la HAREC :
– Pour l’accès à des projets techniques encadrés (ballons stratosphériques, cubesats, stations expérimentales) ou comme critère de compétence réglementaire pour manipuler des émetteurs RF en laboratoire.
– Ces étudiants pratiquent la radio dans un cadre scientifique ou professionnel, mais hors du service amateur, et donc sans indicatif personnel.
– Leur motivation est rationnelle, mais déconnectée de la dimension communautaire du radioamateurisme.
🔹 4. Un déficit de relais associatif
L’absence de clubs radioamateurs universitaires est un point faible majeur. Peu d’écoles disposent encore de stations actives, de matériels à disposition ou de formateurs OM capables d’accompagner les jeunes.
De plus, la culture radio est souvent éclipsée par l’informatique et les communications numériques modernes. Ainsi, sans environnement favorable, les nouveaux titulaires du HAREC ne trouvent pas la porte d’entrée vers la pratique réelle.
🔹 5. Comment inciter les jeunes à devenir radioamateurs actifs
Pour inverser cette tendance, plusieurs pistes concrètes peuvent être mises en œuvre.
🔸 Donner du sens à la radioamateur
Il faut replacer le radioamateurisme dans son rôle originel d’expérimentation et de communication universelle :
– Établir des liaisons HF à grande distance sans Internet ;
– Mesurer la propagation, fabriquer et accorder une antenne ;
– Décoder des signaux numériques, suivre des satellites ou participer à des concours techniques.
👉 Montrer que la radio n’est pas une nostalgie, mais une technologie toujours vivante, utile et passionnante.

🔸 Créer ou relancer les clubs universitaires
Les clubs sont le cœur battant de la pratique radio :
– Stations collectives (HF, VHF, SDR) sur les toits des campus ;
– Ateliers pratiques : mesure de ROS, initiation à la SDR, fabrication de balises ;
– Participation à des événements internationaux : concours, contacts ARISS, projets de satellites amateurs.
Ces structures permettent de transformer la théorie en pratique et d’attirer naturellement les titulaires de la HAREC vers l’émission.
🔸 Valoriser la HAREC dans la carrière
Un indicatif radioamateur peut devenir un signe de distinction professionnelle :
– Preuve d’autonomie technique et d’expérimentation réelle ;
– Atout apprécié dans les domaines des télécoms, de l’aéronautique ou du spatial ;
– Indicateur d’une curiosité scientifique appliquée.
Les universités et écoles pourraient d’ailleurs mentionner la HAREC dans les attestations de compétence, incitant les diplômés à finaliser leur inscription officielle auprès de l’ANFR.
🔸 Simplifier le passage à la pratique
Les associations et fédérations peuvent :
– Éditer un guide post-examen clair : “De la HAREC à l’indicatif, les étapes simples” ;
– Organiser des sessions collectives de demande d’indicatif avec assistance ;
– Prêter ou mutualiser du matériel pour aider à la mise en route de la première station.
👉 Réduire les barrières administratives et matérielles permet de conserver la dynamique de l’examen.


🔸 Favoriser le mentorat intergénérationnel.
Le partage d’expérience entre OM confirmés et nouveaux licenciés est essentiel :
– Parrainage technique ;
– Accompagnement à l’installation ;
– Découverte du trafic et des concours.
Cette transmission directe renforce la continuité du radioamateurisme et donne une dimension humaine à la passion technique.
🔸 Intégrer la radio dans les projets de recherche
Les établissements d’enseignement supérieur développent de nombreux projets à composante radio :
– Ballons stratosphériques, cubesats, réseaux LoRa expérimentaux, mesures de propagation.
– Associer la pratique radioamateur à ces projets — par exemple en travaillant sur les bandes amateurs ou les protocoles numériques libres — redonne à la licence HAREC sa place au cœur de la recherche appliquée.
🔹 CONCLUSION
La licence HAREC universitaire représente une formidable opportunité : celle de former une nouvelle génération de techniciens, ingénieurs et scientifiques capables de comprendre, construire et expérimenter dans le domaine radioélectrique.
Mais sans passerelle vers la pratique, cette compétence reste souvent théorique.
C’est donc à la communauté radioamateur — associations, clubs, fédérations et opérateurs expérimentés — de réenchanter la radio auprès des jeunes diplômés, en montrant que derrière le certificat, il existe un monde d’expériences, d’amitiés et d’innovations qui n’attend qu’eux.

Compilé par F4JRR opérateur Fernand
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Rédacteur: Jean Pierre NEURDIN – FORSF™ – Image mise en avant: Création FORSF®


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