Par F4JRR Opérateur Fernand.
Le Digital Mobile Radio (DMR) est une norme de radiocommunication numérique définie par l’ETSI (European Telecommunications Standards Institute) sous la spécification TS 102 361 (parties 1 à 4). Conçue pour succéder aux réseaux PMR (Private Mobile Radio) analogiques, elle améliore l’efficacité spectrale, la qualité audio et permet l’intégration de services avancés comme la messagerie et l’interconnexion IP.
Destiné à des usages professionnels, de sécurité civile et radioamateurs, le DMR s’impose comme une alternative performante aux technologies analogiques. Toutefois, son adoption est parfois freinée par des restrictions propriétaires imposées par certains fabricants, limitant la compatibilité malgré une norme ouverte.

Historique et Contexte
Le DMR a été développé au début des années 2000 pour répondre à plusieurs enjeux :
– Optimiser l’utilisation du spectre radio en remplaçant le PMR analogique.
– Offrir une transition numérique à faible coût et complexité.
– Assurer une compatibilité entre les équipements de différentes marques.
La norme a été publiée en 2005 par l’ETSI et a rapidement été adoptée dans le secteur des communications critiques (forces de l’ordre, pompiers, services médicaux d’urgence) ainsi que par les radioamateurs grâce à des réseaux comme BrandMeister.
1. Principe de Fonctionnement
1. Modulation et Codage
Contrairement aux radios analogiques qui utilisent la FM (Fréquence Modulation), le DMR repose sur une modulation numérique 4FSK (4-level Frequency Shift Keying), combinée à un codage vocal AMBE+2 pour la transmission audio.
Cette approche permet :
– Une meilleure efficacité spectrale.
– Une intelligibilité accrue, même en conditions bruyantes.
– Une transmission robuste en environnements difficiles.
2. Technologie TDMA (Time Division Multiple Access)
Le DMR exploite la technique TDMA à 2 intervalles de temps sur des canaux de 12,5 kHz. Cela signifie que deux communications simultanées peuvent coexister sur la même fréquence, doublant ainsi la capacité du canal par rapport aux radios analogiques traditionnelles.
Avantages du TDMA :
– Optimisation du spectre et réduction des interférences.
– Meilleure autonomie des équipements grâce à des cycles d’émission réduits.
– Possibilité d’ajouter des fonctionnalités comme la transmission de données et la téléphonie sur IP.
Les Trois Niveaux du DMR

Le Tier III est utilisé dans des réseaux à ressources partagées, similaires aux systèmes MPT1327. Il permet une gestion avancée des communications via une infrastructure centralisée.
Performances et Portée du DMR
1. Portée Théorique vs Réalité Terrain
La portée d’un réseau DMR dépend de plusieurs facteurs :
– Puissance d’émission (de 0,5 W pour le Tier I à 50 W pour des infrastructures fixes).
– Type d’antenne et environnement (urbain, rural, montagne).
– Présence de relais et d’infrastructures réseau.
En conditions optimales, un talkie-walkie DMR peut atteindre 5 à 10 km en direct (Tier II), tandis que les réseaux professionnels en Tier III peuvent couvrir plusieurs dizaines de kilomètres grâce aux relais et aux interconnexions IP.
2. Comparaison avec le PMR Analogique
Le DMR surpasse l’analogique en termes de :
✅ Clarté audio : suppression des parasites et du bruit de fond.
✅ Optimisation du spectre : double capacité avec le TDMA.
✅ Fonctionnalités avancées : appels de groupe, messages courts, transmission de données.
Cependant, contrairement à la FM analogique, le DMR ne tolère pas les signaux faibles : au-delà d’un certain seuil, la communication devient inaudible (effet “cliff effect”).
Applications et Usages du DMR
1.Utilisation des réseaux DMR Tier III :
Les forces de l’ordre françaises, incluant la police, la gendarmerie et les services d’urgence tels que les pompiers, la sécurité civile, utilisent le Digital Mobile Radio (DMR) Tier III qui permet une gestion optimisée des communications grâce à des infrastructures sophistiquées. Ce niveau offre une répartition dynamique des canaux, garantissant une disponibilité constante, des échanges sécurisés et efficaces avec une efficacité accrue lors des opérations.
Protocoles de Chiffrement
La sécurité des communications est primordiale pour ces services. Les systèmes DMR intègrent des mécanismes de chiffrement pour protéger les échanges contre les interceptions non autorisées. Les protocoles de chiffrement couramment utilisés incluent :
– Chiffrement basique : Utilise une clé de 40 bits, offrant une protection élémentaire.
– Chiffrement amélioré : Implémente des clés de 128 bits ou plus, conformément aux standards tels que l’AES (Advanced Encryption Standard), assurant un niveau de sécurité élevé.
L’adoption de l’AES est fréquente dans les communications sensibles, car il fournit une robustesse accrue contre les tentatives de décryptage.
Exemples d’Implémentation
Plusieurs services en France ont modernisé leurs infrastructures de communication en adoptant des solutions DMR avancées. Par exemple, la Police Municipale de Narbonne a étendu son réseau DMR en intégrant la technologie WAVE LTE de Motorola. Cette intégration permet de couvrir des zones auparavant mal desservies, comme les zones côtières, en transférant les communications radio vers des dispositifs LTE, garantissant ainsi une couverture étendue et fiable.
Considérations de Sécurité
Malgré l’utilisation de protocoles de chiffrement robustes, les forces de l’ordre doivent rester vigilantes face aux avancées technologiques qui pourraient menacer la confidentialité des communications. Des organismes spécialisés, tels que le Centre Technique d’Assistance (CTA) rattaché à la Direction Générale de la Sécurité Intérieure (DGSI), sont mobilisés pour contrer les techniques de chiffrement utilisées par des individus malveillants. Le CTA dispose de compétences et de moyens uniques pour déchiffrer ou contourner les mécanismes d’authentification protégeant l’accès aux données, contribuant ainsi à la sécurité nationale.
Les services de police et gendarmerie ainsi que les services de secours utilisent plusieurs réseaux de communication radio dédiés pour assurer des échanges sécurisés et efficaces.
Réseaux Actuels
ACROPOL : Ce réseau est utilisé par la Police nationale. Mis en place en 1994 par Airbus Defence and Space, il fait partie de l’Infrastructure Nationale Partageable des Transmissions (INPT). ACROPOL fonctionne sur la bande de fréquences 380-410 MHz en utilisant la technologie TETRAPOL. Il offre une communication nationale unifiée, permettant aux agents d’accéder aux services depuis n’importe quel point du territoire, avec des avantages tels que la clarté phonique, la confidentialité grâce au chiffrement et la possibilité de déclencher des appels d’urgence.
RUBIS : Ce réseau est dédié à la Gendarmerie nationale. Comme ACROPOL, RUBIS fait partie de l’INPT et utilise également la technologie TETRAPOL pour assurer des communications sécurisées et compatibilité entre les unités de la gendarmerie.
ANTARES : Destiné aux sapeurs-pompiers, ANTARES (Adaptation Nationale des Transmissions Aux Risques Et aux Secours) est également intégré à l’INPT. Il vise à améliorer la compatibilité entre les services d’incendie et de secours, la police et la gendarmerie, en utilisant la même infrastructure de communication.

Évolution Vers le Réseau Radio du Futur (RRF)
Les réseaux actuels, bien que fonctionnels, présentent certaines limitations en termes de débit et de compatibilité complète entre tous les services de sécurité et de secours. Pour répondre aux besoins croissants en matière de communication haut débit et sécurisée, le ministère de l’Intérieur a initié le projet du Réseau Radio du Futur (RRF).
Le RRF vise à fournir un système de communication commun, prioritaire, sécurisé et à haut débit pour plus de 300 000 utilisateurs, incluant policiers, gendarmes, pompiers, SAMU, préfets, douaniers et forces armées. Ce réseau s’appuiera sur les technologies 4G et 5G, offrant une connectivité très haut débit et des fonctionnalités avancées, telles que les échanges multimédias sécurisés et une interopérabilité renforcée entre les différents services.
Le déploiement du RRF est en cours, avec pour objectif de transformer en profondeur les moyens de communication des services de sécurité et de secours en France, en remplaçant progressivement les réseaux existants comme ACROPOL, RUBIS et ANTARES.
Les réseaux DMR Tier III sont utilisés également pour les équipes de secours en montagne et les industries (transport ferroviaire, aéroports, centrales électriques).
2. Radioamateurs et Réseau BrandMeister
Les radioamateurs utilisent le DMR Tier II pour des communications locales et mondiales via des relais connectés à Internet. Le réseau BrandMeister, très populaire, permet :
– La communication entre radioamateurs via des talkgroups.
– L’accès à des relais interconnectés à travers le monde.
– L’intégration avec d’autres modes numériques comme D-STAR et Fusion.
3. Grand Public et PMR446 Numérique
Le DMR Tier I est utilisé pour des applications grand public sans licence sur la bande 446 MHz. Toutefois, ces équipements ont une portée limitée et ne supportent pas les relais.

Compatibilité et Limitations
Bien que la norme DMR soit ouverte, certains fabricants (Motorola, Hytera) ont ajouté des fonctionnalités propriétaires empêchant la compatibilité entre marques.
Exemples :
– Motorola MOTOTRBO : codeurs vocaux spécifiques, incompatibilité avec d’autres DMR.
– Hytera XPT : mode trunking propriétaire non standardisé.
Cette fragmentation oblige les utilisateurs à choisir une marque unique pour garantir la compatibilité.
Néanmoins dans le domaine Radioamateur, ces trois systèmes, le D-STAR, le DMR et le C4FM
étaient jusqu’à présent incompatibles entre eux ! Mais la bonne nouvelle, c’est que grâce à la progression de la technologie, il est maintenant possible de connecter entre-eux ces 3 modes, grâce à l’application BlueDV ou MMDVMhost.
Évolutions et Avenir du DMR
Les évolutions à venir du DMR incluent :
– Amélioration de la qualité audio grâce à des codecs plus performants.
– Meilleure intégration avec les réseaux LTE/5G pour une connectivité hybride.
– Compatibilité accrue grâce à l’adoption de normes plus strictes.
Les radios numériques comme le DMR continueront de coexister avec les infrastructures cellulaires.
Conclusion
Le DMR représente une avancée majeure dans le domaine des radiocommunications, offrant une solution numérique fiable, performante et optimisée en termes de spectre. Son adoption par les professionnels et les radioamateurs témoigne de ses nombreux avantages, bien que des défis de compatibilité subsistent.
Avec l’évolution des technologies, le DMR continuera de jouer un rôle clé dans les communications critiques, en parallèle des réseaux IP et LTE.
Compilé et argumenté par F4JRR Opérateur Fernand.
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Rédacteur: Jean Pierre NEURDIN – FORSF™ – Image mise en avant: Création FORSF®


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